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Viallou's Adventures in Russia
Viallou's Adventures in Russia
Toujours vivante !

Toujours vivante !

          Oui, vraiment, même si je n’ai juste pas pris le temps de me poser pour vous raconter mes incroyables aventures ! Alors, déjà, pour lire ce billet, assurez-vous d’avoir du temps, et de quoi manger à porter de main. Ou alors lisez-le en plusieurs fois : il est, comment dire, un peu long et fourni. OK, c’est parti !

 

La France

 

        Dans mon dernier billet je vous disais que j’allais partir pour la France, et effectivement, sous la neige (et sur, aussi), Valentina et son fils m’ont déposé à l’aéroport le 18 janvier au matin. J’ai pris l’avion pour Moscou sans soucis. Une fois arrivée, en retard, j’avais une dizaine de minutes pour m’enregistrer sur le vol pour Paris. Le temps de courir dans les couloirs de l’aéroport, de passer en coup de vent au Duty Free, et hop j’arrivais devant la porte à temps. Sauf qu’il n’y avait personne ! La porte m’avait été indiquée sur le billet, que j’avais obtenu à Kazan. Mais là, dans la panique, la fatigue (je m’étais levée très tôt et j’avais peu dormi), j’ai pas du tout pensé à regarder les panneaux, hein. Nooooon. Mieux valait interroger frénétiquement tout le monde autour de moi, hein. Au final, deux policiers relax m’ont indiqué la bonne porte, qui, évidemment, était à l’autre bout de l’aéroport, sinon, où est le fun ? Et hop que je re-cours. Au final, l’enregistrement était en cours, je suis montée tranquillement dans mon avion.

            Si vous vous demandez, les procédures de sortie de Russie sont bien plus simples que pour y entrer, ce qui, en soi, semble logique.

          Quand l’avion a décollé de Moscou, j’ai eu un vrai pincement au cœur. Je savais que je revenais, mais tout de même, j’avais l’impression qu’il fallait que je reste, que je n’avais pas fini ici. Et puis, même si je me plains de pas mal de choses ici, c’est quand même super de vivre dans un autre pays pendant un an. Les différences culturelles ont beau parfois me prendre sincèrement le chou, c’est franchement passionnant de voir un fonctionnement aussi différent de celui auquel j’ai été habituée. En plus, je me dis que du coup, eux aussi me trouvent bizarre, donc, hein, sans rancune.

               Je suis donc arrivée à Paris, et j’ai presque crié « BONJOUR » à la nana chargée de vérifier que j’ai bien le droit d’entrer en France. Ça parait stupide mais on  sait jamais je suis peut-être une dangereuse psychopathe avec un faux passeport français. Suffit de regarder la photo qui est dedans. Bon, la dame a pas trop compris pourquoi je souriais comme une débile. Oui bah quand ton cerveau passe 4 mois et demi à analyser tout ce qui se dit autour de toi pour comprendre, entendre du français partout, c’est des vacances pour lui.

             Je suis allée récupérer ma valise, excitée comme une puce. J’ai attendu, attendu, juste en face de là d’où les valises sortent parce qu’on sait jamais. Mon chéri attendait juste de l’autre côté du mur, et je n’avais aucun moyen de le contacter. Alors j’attendais, et encore, et encore… En flippant de plus en plus que le transfert ait merdé et que ma valise ait été envoyée en Ouzbékistan ou en Afrique du Sud. Finalement je me suis résolue à aller remplir un formulaire de perte de valise. La gentille dame là-bas m’a prêté son téléphone pour que je prévienne le pauvre chevalier servant attendant sa russette. Une fois le document rempli, je vois des douaniers faire une pile de valises non récupérée. ET LA MIENNE EST DEDANS ! J’ai couru (pour changer), leur ai présenté mes excuses, mais, cette valise, oui celle la plus en dessous, bah elle est à bibi. L’un d’eux, dans la bonne tradition française, a blagué « Ah bah non c’est trop tard !». J’ai souri, pris une inspiration, et déclaré dans le même jeu « AH NON, j’ai pas fait TROIS MILLE kilomètres et SURVECU au froid russe pour pas avoir ma valise ! ». Ils ont souri à leur tour, et m’ont gentiment donné ma valise. Je suis allée remplir un autre papier disant que j’étais juste une idiote (enfin qu’en fait j’avais bien ma valise, quoi), puis je suis repassée devant les douaniers, à qui j’ai demandé s’ils devaient scanner ma valise.

« Non mais on l’a déjà fait, du coup, hein.

-Ah, c’est bon alors ?

-Ca dépend, vous avez des cigarettes dedans ?

-Oui, un bloc.

-Ça s’appelle une cartouche, en fait.

-… OUI BAH EN RUSSE C’EST UN BLOC T_T ! »

                 J’ai vraiment eu de la chance qu’ils soient aussi sympas. J’ai enfin pu traverser le portail et retrouver mon blondinet et mon pays après 4 mois et demi d’absence.

              Ca a fait du bien de retrouver tout le monde, de dormir dans un vrai lit (pas le truc minuscule et bruyant du Village), d’avoir des murs isolés phoniquement aussi. J’ai retrouvé des gens qui partagent ma culture, et du coup mon étonnement face à certaines choses en Russie. Bon, je n’ai pas passé mon temps à parler de la Russie, parce qu’on résume pas 4 mois aussi facilement. D’où ce blog, d’ailleurs. Et puis, en soirée, j’ai pas très envie de ne parler que de moi et ma vie au pays des cosaques, parce que j’ai surtout envie de prendre des nouvelles des gens.

               J’ai aussi récupéré une carte de crédiiiiiiiiiiiiiiiiiiiit <3 c’est fou ce que ça fait du bien de retrouver accès à mon argent !

              Les deux semaines sont passées à une vitesse folle : j’ai vu quelques amis comme j’ai pu, ai réglé des choses sur Paris pour moi mais surtout pour Valentina, on a re-fêté mon anniversaire et Noël pour que j’aie mes cadeaux, j’ai été engraissée comme une oie quand tout le monde a constaté ma perte de poids, j’ai mangé une quantité incroyable de fromage, passé des coups de fils, on a fait l’expo sur les Jeux Vidéos à la Villette (qui est vraiment géniale d’ailleurs !!), on est allés au théâtre, bref, j’ai pas chômé, hein. J’en ai aussi profité pour faire faire mon tatouage, qui me trottait dans la tête depuis un moment. Et évidemment j’ai fait distribution de cadeaux à tous, tout en achetant pour mes amis russes !

 

Le Retour

                Je suis repartie le deux février. Les adieux ont été encore difficiles, bien pleins de larmes et tout : eh oui, je suis repartie pour la deuxième partie de mon voyage, encore 4 mois ! Cette fois, aucun souci avec mes avions. J’ai eu une escale de deux-trois heures à Moscou, que j’ai passé à pioncer. J’ai passé la frontière sans soucis, suis arrivée à Kazan, ai récupéré ma valise, puis j’ai essayé de contacter Valentina, qui devait venir me chercher. Au bout d’une bonne heure, je l’ai eu au bout du fil, et elle m’a expliqué que sa voiture était mourue à cause du froid et qu’elle ne pouvait pas venir me chercher. Je suis partie à la recherche d’un distributeur. J’en ai trouvé six, dont cinq hors service. Ouaip, normal. Après avoir obtenu des sous, j’ai pris un taxi (seule, première fois de ma vie) pour le Village.

           C’était étrange de revenir. La première fois, je découvrais tout, je ne connaissais rien, et j’avais peur, hein, très franchement. Cette fois-ci, j’étais en terrain connu. En plus ma maitrise du russe s’est quand même bien améliorée, ce qui aide. 

Contrairement à ce que je pensais, je n’ai pas repris le lendemain de mon arrivée, mais le vendredi suivant. J’ai eu le temps de me reposer, de faire un peu de shopping ; non, je ne suis pas le genre de nana à acheter 50 paires de chaussures ou sacs. Moi, j’achète des t-shirts. Et encore, rarement. J’adore faire du shopping, mais j’achète toujours très peu.

 

 
C'est marqué "Мои Amour". Au début je lisais ça en traduisant directement le Мои, soit "Mes Amour", donc avec une faute. Nan nan ils ont juste utilisé le И (i) russe pour faire un N.

C'est marqué "Мои Amour". Au début je lisais ça en traduisant directement le Мои, soit "Mes Amour", donc avec une faute. Nan nan ils ont juste utilisé le И (i) russe pour faire un N.

Les cours

                J’ai donc un nouvel emploi du temps, qui me laisse libre tous les matins, ce qui est très utile pour pouvoir faire mes lessives les lundis et vendredi (oui, des jours fixes, si je vous l’avais pas dit avant, on a des laveries par étage ouvertes certains jours). J’ai maximum 4 cours par jours, en sachant qu’un cours dure une heure et quart et qu’on a 15 min de pause entre chaque cours. J’ai les mêmes matières qu’au premier semestre ou presque : exit la psychologie et la phonétique, bonjour grammaire théorique et théorie de la langue.

 

Grammaire théorique

                En gros, c’est ce que j’ai fait en français en deuxième année à Paris, donc une étude de la structure des phrases, mais aussi des différentes théories linguistiques à leur sujet et sur la formation des mots. C’est assez intéressant, c’est avec la même professeure qu’en économie.

 

Théorie de la langue

                …Ou bienvenue dans la quatrième dimension. Notre professeure est très étrange, elle tremble, répète beaucoup « vous voyez », et parle à un débit humainement pas soutenable. Même en français j’aurais du mal avec quelqu’un qui parle aussi vite. Ca la fait respirer par à-coups, la pauvre. Elle est très gentille, et on la sent vraiment passionnée.

                Son cours consiste en la lecture de son texte en français mais comme c’est sa deuxième langue étrangère elle galère à fond, et du coup nous avec. Je suis la seule à noter à peu près quelque chose, et encore très franchement ça ressemble pas à un cours. Sinon, on a aussi eu un « séminaire », un TD quoi, où elle nous posait des questions sur notre vision du cours. On parle alors de formation du langage, d’où ça vient, peut-on penser sans s’aider du langage, est-ce que la pensée est structurée par la langue ou l’inverse, du coup ça remet en question les différences entre les peuples et langues… Bref c’est super abstrait, et très philosophique. En sachant que je suis, je crois, la seule athée, donc personnellement je ne considère pas le langage comme un « don ». Mais c’est très intéressant, la seule chose que je déplore, c’est qu’on ne s’intéresse qu’aux humains et pas aux animaux, qui ont leur propre langage et leur propre mode de pensée, chacun à son niveau, que ce soit les fourmis par émissions chimiques, ou les animaux de compagnie par les bruits vocaux. On sait qu’ils ont des sentiments, des pensées, et un langage, c’est pas parce qu’il est différent qu’il est moins intéressant.

Bref, c’est une matière qui fait bobo au cerveau. Et dont, sincèrement, je vois pas trop l’utilité.

 

Le reste

                Les autres cours se déroulent comme au premier semestre. Pour l’instant on a beaucoup de CM, donc j’écris beaucoup, mais dans les semaines qui viennent on va passer aux TD. On est actuellement en semaine 6, en sachant que j’ai 14 semaines de cours, puis les fameux « examens de mi-semestre », suivis des vrais examens du semestre, et enfin des examens d’Etat. Ce sont les examens qu’on passe pour terminer la licence : français, et anglais. Je ne me sens pas très inquiète ni pour l’un ni pour l’autre.

                J’ai pu rendre l’argent que m’avait prêté une professeure. Ça a été très compliqué de la convaincre d’accepter, mais je ne pouvais pas rester avec une dette envers une professeure. On en a reparlé plus tard, et elle m’a expliqué que cet argent était un cadeau de toute son âme, et que quand je lui rendais l’argent c’était un peu comme si je refusais ce cadeau. J’ai tout à fait compris, mais je lui ai expliqué mon point de vue : les relations prof-étudiants en France sont très respectueuses et professionnellement distantes, contrairement à ici. Même si elle est adorable, elle reste à mes yeux une professeure. Son geste était très généreux même si un peu gênant, et pour moi je lui devais quelque chose. D’après ce que j’ai compris, en Russie, pour rendre un don, il vaut mieux faire un cadeau que rendre directement l’argent.

 

Valentina

                Je continue à travailler avec Valentina, entre mes cours, avant mes cours, et même chez moi. Je vérifie des traductions, traduis aussi des textes du russe vers l’anglais (c’est DUR), et l’aide dans la gestion de différentes choses administratives.

                De France, je lui ai rapporté des vitamines, comme elle me l’avait demandé. Elle en était très heureuse, outre le fit que j’ai réglé quelques choses pour elle à Paris aussi, de la part du Tatarstan (Mme Clara la Diplomate, s’il vous plait).

                Elle continue à me cuisiner des petits pains (derniers en date, riz-citrouille, c’est vachement bon), à me faire des cadeaux du type nourriture, thé, et à m’appeler « ma chérie ». J’ai vraiment une grand-mère russe qui veille sur moi !

 

Déboires administratifs

                Quand je suis partie, on m’a dit qu’à mon retour il fallait vite que j’aille me faire enregistrer aux Relations Internationales. Oui, alors, parce qu’en fait, quand vous entrez en Russie, on vous donne un papier à l’aéroport pour dire que vous avez le droit d’être en Russie ; mais une fois que vous avez un endroit où vivre, il faut s’y faire enregistrer. Si vous restez plus de trois jours à un endroit, il faut vous y faire enregistrer. C’est flippant, je trouve. Je suis habituée à voyager en Europe et même au Maghreb comme je veux, j’ai pas constamment à dire où je vis. Eh bah ici, si.

                On m’a dit « vite », j’ai compris « quand tu peux ». Oui parce qu’on m’a pas dit ce qui se passerait sinon, donc me suis dit que ça devait être accessoire. Grosse. Erreur.

                Quand je me suis présentée au Bureau des Relations Internationales, j’étais rentrée depuis deux semaines. On m’a gentiment expliqué la situation : pour ça, l’université et moi encourrions une énorme amende de 70 000 roubles, et comme l’Université ne payerait pas pour moi, j’allais être expulsée. Ou alors, je pouvais sortir de Russie, re-rentrer, recevoir un nouveau pitit papier à l’aéroport, et revenir chercher ma carte d’immigration. Ils m’ont dit que j’avais qu’à aller en Turquie. Ou en Ukraine.

                Choc. Bon, c’était pas vraiment prévu tout ça. Je me suis plus ou moins faite à l’idée de faire un aller-retour, par exemple demander à Sonia de l’aide pour me trouver un logement pour une nuit en Pologne, c’est pas loin, et c’est l’UE, quoi. J’étais prête, parce que c’était ma faute, je ne m’étais pas déplacée pour faire le nécessaire. On m’a éduquée à prendre mes responsabilités, et à payer le prix de mes bêtises.

                J’ai appelé Valentina pour avoir ses conseils. J’avais oublié qu’elle m’aime beaucoup, et que c’est  un vrai tank quand il s’agit de régler des problèmes. Elle m’a dit de rester calme, de continuer à étudier tranquillement, qu’elle se chargeait de tout, que je n’avais pas à sortir du pays. Elle a appelé les Relations Internationales en quête de solution (ce qui fait que je me suis fait engueulée comme du poisson pourri pour avoir osé demander de l’aide par la dame des R.I).

                J’ai vu Valentina le lendemain, avec deux de mes professeures, dont celle qui m’avait aidé financièrement quand on m’a volé mon portefeuille. Toutes m’ont expliqué ce qui allait se passer : on allait dire que j’étais rentrée de France malade, que ma professeure m’avait hébergée, et que je n’avais pas pu me déplacer, du coup. C’était à mes yeux complètement débile : je veux dire, essayez de faire avaler ça une administration française ! Et surtout, ça me gênait, parce que c’était contourner le problème pour me rendre non coupable. Mais Valentina-Tank était en marche. Elle fulminait contre les Relations Internationales qui auraient dû me prévenir au sujet de l’amende, que ce n’était absolument pas de ma faute.

                J’étais incroyablement mal à l’aise et déprimée de voir comment les choses se déroulaient. Pour moi, j’étais la seule coupable, je n’avais pas à entrainer tout ce monde avec moi. Valentina m’a raconté son coup de fil à la dame des R.I :

« Non mais Mme Valentina, il y a des procédures prévues pour ce genre de choses, la solution qu’on a proposé à Clara est optimale !!

-Et vous vous glorifiez de ne pouvoir emprunter que les chemins normaux pour aider une étudiante en détresse ?! Vous ne me connaissez pas, je suis Valentina, je connais très bien le directeur des Relations Internationales ! C’est la deuxième fois que ce problème arrive, pourquoi vous ne prévenez pas les étudiants de l’amende qu’ils encourent s’ils ne viennent pas à temps ?

-On leur dit de venir vite, on a pas à tout leur expliquer !

-Madame, vous devriez. La prochaine fois que ça arrive, vous quitterez votre poste. »

                … Un TANK je vous dis.

 

                Le lendemain, mes deux professeures et moi nous sommes donc rendues au centre de l’Immigration, et elles ont payé une amende de 2000 roubles (payés par l’Université si j’ai bien compris, ou Valentina), et je n’ai eu qu’à rester debout et me taire. Très sincèrement, je ne savais pas où me mettre. Non seulement elles avaient annulé des cours pour venir à cause de ma conn*rie, mais en plus elles payaient pour moi. Tout est passé nickel, l’histoire a marché malgré sa crédibilité. Comme quoi, la Russie et la France, c’est vraiment pas pareil.

                J’ai remercié tout le monde chaleureusement, et tout le monde m’a dit que ce n’était rien, qu’il fallait oublier tout ça et étudier tranquillement.

                Morale de l’histoire, quand c’est de ma faute, c’est pas de ma faute.

 

L’amende

             Dans le même style que mes problèmes administratifs, même si bien moins grave. Replaçons le contexte : pour accéder à ma fac, je passe par deux passages piétons. Comme je suis un mouton, mais un mouton intelligent, je connais, à force d’y passer, les temps d’allumage des différents feux, et leurs dangerosités. En l’occurrence, si le premier est rouge, pas la peine d’essayer de forcer : les voitures arrivent de trois directions différentes et roulent à fond. En plus, il est assez large. Le deuxième en revanche, est plus petit, genre 3-4m de large, et se passent 20s entre le moment où le feu piéton tourne au rouge et celui des voitures au vert. Largement suffisant pour passer. Ce que je fais allègrement depuis que je suis arrivée, habituée de la France où tu peux traverser n’importe où et où le piéton est roi.

           Enfin, c’est ce que je faisais. Parce qu’il y à une semaine et quelques, un policier m’a abordée quelques mètres après le feu :

« Vous avez traversé au rouge

-Euh, bah, oui. (Je voyais pas où était le problème)                         

-Mais c’est interdit.

-… Ah bon O_o

-Oui, vos papiers. (Ce que je fais) Vous étudiez où ?

-(Je lui montre la fac juste derrière lui) Ben, là.

-Amende de 500 roubles. C’est combien chez vous en France ?

-Rien du tout O_o

-Mais si c’est interdit aussi chez vous, l’amende c’est combien ?

-(Là, je m’agace, j’aime pas trop qu’on me donne des leçons sur mon pays) Mais rien du tout, feu ou pas feu je peux traverser où je veux quand je veux !

-Là il y avait un feu ! Des gens meurent à cause de ça vous savez ! »

                J’ai ravalé mon envie de faire du stéréotype en lui hurlant qu’ils conduisent comme des malades et qu’ils sont quand même souvent bourrés, j’ai pas non plus insisté sur le fait que les voitures font plusieurs tonnes et nous généralement moins de 100kg et qu’on doit être responsables des risques qu’on prend, pas se faire réprimander comme des gosses. Non, j’ai pas dit tout ça, j’ai pris mon amende, et je suis partie en cours rencontrer le visage éberlué de mes amies pour qui il est évident qu’il est puni par la loi de traverser au rouge.

 

La mentalité particulière des russes

 

          Et j’en arrive à ma réflexion du moment. Par « particulière » j’entends surtout « différente de la mienne » ;  et ce n’est pas un reproche : chacun pense comme il veut, ce sont ces différences qui font la richesse de notre espèce ! De toute manière, ce blog n’est que ma réflexion personnelle.

        Cette idée de faire payer une amende à quelqu’un qui met sa vie en danger sciemment (enfin, je suis pas suicidaire, je ne traverserais jamais les Champs Elysées au rouge, faut savoir doser), c’est comme punir un enfant qui a fait une bêtise qu’il sait dangereux : il sait que c’est dangereux, le punir n’apporte rien au schmilblick à par le foutre en rogne. Bien sûr on veut le protéger de tout, mais au dernières nouvelles, c’est pas possible. Quand je traverse au rouge, outre le fait que c’est calculé et que je ne le fais pas n’importe où, c’est ma liberté d’être humain à disposer de mon corps et de ma vie. Je ne mets personne d’autre que moi en danger. Et quand j’aurai un enfant, je ne traverserai jamais au rouge avec, en lui expliquant pourquoi. Mais s’il le fait quand même plus tard, c’est sa responsabilité.

        Cette infantilisation se ressent dans pas mal d’autres aspects. Par exemple mon histoire de carte d’immigration : tout le monde a géré mon affaire sans moi, je ne suis qu’une fillette. C’est le contraste des règles ultra strictes, auxquelles tout le monde se débrouille pour échapper. On m’a aidé à contourner les règles préétablies pour ne pas que je subisse de punition, au lieu de faire face au problème en toute responsabilité.

             Je le vois aussi dans l’extrême contrôle au village : les inspections où tout doit être rangé et propre, les gens de l’administration qui toquent n’importe quand chez toi et il faut obligatoirement ouvrir, les haut-parleurs à l’intérieur des chambres, la fouille des sacs le vendredi soir…

            Ou encore à l’université, dans tous ces cours annulés en claquant des doigts pour des raisons diverses et variées « On a besoin de la salle pour fêter le 8 mars même si on est le 6 », la relative facilité d’obtention d’une bonne note, la relation extrêmement maternelle des professeurs avec leurs élèves : DAMNED on fait constamment des pauses dans les CM pour que les poignets se reposent [je ne suis pas responsable du double sens], ce qu’à la base je trouve étrange, mais en plus ils en profitent pour parler de leurs vies personnelles, ou des fois de politique, ou de la vie des sportifs de Sotchi. Vraiment étrange de mon point de vue. Je ne peux qu’être désolée pour les étudiants russes découvrant la froide réalité des études en France, où le professeur est un être inatteignable et professionnel. En parlant des cours, tous les CM sont dictés. Tous. J’espère juste ne pas perdre ma capacité à prendre des notes. Du coup, vu que je prends mes cours sur ma tablette, le rythme me semble constamment ultra lent. Mais même quand je prenais mes cours à la main, je les prenais en notes, ça ressemblait à rien, prenait beaucoup de papier, mais j’en ressortais des cours structurés. Ici, tout est dicté. Grosse différence. Et du coup, les étudiants restent bloqués à ce qui pour nous correspond aux cours du lycée, que ce soit par la dictée, les pauses, les relations avec les profs (et encore même au lycée on est pas aussi proches chez nous), ou le « Si tu es malade rentre chez toi ». A part si je suis vraiment très mal je préfèrerais toujours aller en cours, ne serait-ce pour ne pas recopier les cours après ; surtout que 80% de l’apprentissage de la leçon se fait en cours. Même au niveau de leurs comportements, et je suis pas la seule à le dire, c’est l’avis des Européens que je connais ici, il y à un gros décalage parce qu’ils sont lancés dans la vie beaucoup plus tard que nous.

              Autre chose, ici il est possible d’acheter son diplôme (enfin à mon avis pas partout quand même), même s’il sera de mauvaise qualité ; ou alors, comme un ami de Sonia, payer son prof pour ne pas aller en sport mais avoir une note pas trop basse quand même. Même le Chinois en échange dans notre classe ne vient JAMAIS en cours mais finit quand même par réussir son année grâce à Valentina. Ou alors, pensez au peu qu’on attend de moi ici, au dernier semestre il y à des cours où je ne suis pas allée parce que j’étais chez Valentina, et j’ai fini avec la note maximale ! TOUT est CONTOURNABLE.

                Alors ça doit plaire à certains, l’idée que tout est plus facile que chez nous, mais pensez à la crédibilité qu’à la Russie sur le plan international. Ils le disent dans leurs cours d’éco française : les Français n’ont pas confiance en les Russes, les Américains ça doit être pareil. Eh oui, on a confiance quand on sait que la personne en face est sérieuse, responsable, pas en une nation qui trouve toujours le moyen de contourner ses responsabilités pour atteindre ce qu’elle veut. Par contre, je pense qu’avec la Chine ça doit marcher du tonnerre : c’est la mentalité plus asiatique peut-être. Encore une fois ce n’est pas un reproche, personne n’est à blâmer, je pense juste que c’est une différence de mentalité, mais une différence de taille qui peut peser à certains niveaux.

              Un dernier point pour refermer ce sujet : je trouve ultra intéressant que cette mentalité se retrouve dans la structure de la langue russe : si chez nous l’ordre des mots de la phrase est quand même relativement établi, la langue russe permet de mettre tout un peu dans n’importe quel ordre. C’est l’avantage des déclinaisons, qui rendent la fonction d’un mot évidente. Du coup, ça peut rendre la compréhension pour moi un peu plus compliquée. A l’écrit, c’est la chasse au sujet, au complément, etc, pour comprendre la phrase. Aussi, c’est comme pour nous, il existe plusieurs manière de dire les choses, mais je pense même qu’il y en a plus qu’en français. Par exemple, on peut former des adjectifs et des adverbes avec à peu près tout, c’est beaucoup plus varié. C’est passionnant, et en même temps ça reflète cette fameuse mentalité : si les règles d’orthographe et de grammaire sont parfois strictes, on s’en fiche, il suffit de remodeler la phrase et en plus on peut mettre les éléments où on veut : c’est une langue souple, flexible. J’adore cette langue !

C'est joli quand il reneige

C'est joli quand il reneige

L’Alliance

                Je vous avais parlé de l’Alliance Française il me semble : pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un organisme français qui a pour but d’enseigner la langue française et de promouvoir notre culture à l’étranger. Et depuis quelques semaines, j’y suis prof.

                Oui, je sais, j’ai dit que je n’avais aucune envie d’enseigner, et c’est toujours le cas : je ne me vois pas répéter les règles du français toute ma vie, je les ai déjà souffert étant gamine, et comme vous pouvez le voir sur ce blog, j’y fais pas mal d’entorses volontaires (ou pas).     Simplement, pour cette année, ça me fait un petit revenu supplémentaire, plus de contact avec des russes, et des bonnes tranches de rigolades ! Le matériel m’est fourni, la salle aussi, et je suis payée 300 roubles de l’heure. C’est le seul défaut à avoir une monnaie plus forte, mais bon, je m’en fiche, c’est vraiment que de l’argent de poche.

                J’ai deux groupes d’étudiants. Un que je suis de A à Z les mardis et mercredis matins de 10h30 à midi, et un autre que je partage avec un professeur russe et que je vois les vendredis après mes cours, de 18h30 à 20h30. Le groupe du début de semaine est composé de trois adolescente d’environ 14-15 ans je pense : Annia, Karina et Ange. Toutes les trois sont adorables, motivées, et prêtes à rigoler à mes blagues stupides. Elles sont plus ou moins débutantes : elles arrivent à former des phrases simples, connaissent pas mal de vocabulaire. L’avantage du petit groupe, c’est qu’elles se connaissent très bien et il y à une bonne dynamique. J’ai vu avec elles les fêtes françaises, les vêtements, et on a commencé l’habitat. Je reste rarement que sur le livre, j’aime leur expliquer d’autres choses : les différentes formes de « est-ce que », bien leur expliquer les articles définis et indéfinis (je rappelle qu’il n’y a pas d’articles du tout en russe, c’est un concept assez abstrait pour eux du coup), les verbes, répéter les sons… L’avantage, contrairement à leurs professeurs russes, c’est que de moi elles peuvent entendre les sons spécifiques à la langue française de manière plus précise et sans accent. Par exemple le son « é », ou le son « eu », le son « an », ou « in », notre « r ».  Mine de rien, c’est pas si évident quand on ne l’apprend pas depuis la naissance. En russe le son le plus différent de ceux de la langue française, je pense que c’est le « ы », le i dur. Mais ça fait un son, comparé à ce qu’ils doivent apprendre, ce n’est rien.

                Dans mon groupe du vendredi, j’ai dix étudiants qui ne sont jamais là tous en même temps. Les âges varient de 18 à 45-47 ans à vue de nez. Alors, on tente la liste de mémoire : Maria, Aliona, Lilia, Tatiana, André, Eldar, Arkadi, Natalia, Irina, et Marta que je n’ai pas encore rencontrée. J’utilise indifféremment les noms et surnoms sur ce blog, hein. Tous sont motivés, et les niveaux varient pas mal. Certains sont beaucoup plus à l’aise que les autres, il y a ceux dans la moyenne, et deux-trois qui rament un peu et sur lesquels je me concentre. C’est plus compliqué avec un gros groupe, mais on a deux heures, ce qui me permet de prendre mon temps pour bien expliquer. On a un manuel différent, un peu plus mature que celui du début de semaine. On a vu ensemble comment exprimer une interdiction, faire un entretien d’embauche, parler d’un cadeau à offrir, et aussi une dictée. Je vois bien que l’écriture est compliquée, surtout à la dictée, mais c’est normal. Par contre, je ne vois pas comment apprendre le français sans passer par des dictées, c’est la meilleure manière d’assimiler les homonymes et d’associer compréhension et grammaire. Comme pour mes trois ados, on digresse de temps en temps pour expliquer des sons, des verbes, ou même rire à la blague du petit pois dans l’ascenseur.

                Jusque-là je n’ai que des retours positifs sur mes cours, même si je sais que ma grande faiblesse est de ne pas toujours avoir la traduction exacte des termes en russe. Mais on se débrouille, j’explique, en français puis en russe au besoin. J’essaie de m’inspirer de tout ce que j’aimais dans mes cours de langue : la légèreté, le fait qu’on travaillait tous ensemble, les grimaces et autres bêtises du prof, les encouragements. Je fais beaucoup le clown, et je ne les réprimande jamais : l’avantage de ces cours en Alliance est qu’il n’y à pas la pression des notes, et ils sont là volontairement et sont donc motivés. Je les félicite le plus souvent possible, parfois les deux pouces en l’air pour bien marquer le coup. Quand je les fais faire un travail, on corrige tous ensemble, je ne veux pas me placer en puit du savoir qui leur est supérieur.

                Je leur parle aussi des petites erreurs que font les russes en français, notamment ils raccourcissent beaucoup trop souvent les mots. Oui, à l’oral on dit plus souvent « ptit » que « petit », mais quand on lit, on prononce toutes les lettres la plupart du temps. Et surtout, ça reste du domaine familier, on ne raccourcit pas en parlant à un prof. Ce qui me hérisse, c’est d’entendre les « C’pendant ». C’est absolument horrible. Pareil, les « Je l’vois » au lieu de « J’le vois ». Le premier est la contraction logique, mais si je parle à des amis j’utiliserai le deuxième, alors que si je parle à un prof, je dirai « Je le vois ». Bref, ce sont des petits détails mais qui sonnent à mes oreilles quand j’entends les russes les prononcer.

                On a un super matériel, dont des tableaux numériques ! J’étais tellement excitée la première fois que j’ai pu en utiliser un ! Je fais partie de la génération qui les a vu arriver dans les classes du lycée, mais les profs n’étant pas formés, personne ne les utilisait autrement qu’en simples projecteurs (et encore, ils préféraient les RETROPROJECTEURS). Du coup, j’en ai vu un allumé pour la première fois ici. C’est ultra génial, c’est tactile, on peut utiliser des stylos numériques dessus, de différentes couleurs, bref, c’est ultra pratique. C’est pourquoi je ne l’utilise presque pas.

                C’est con, hein, mais en fait comme je ne sais pas ce qu’ils ont sur leurs ordis, et que je veux souvent écrire quelque chose, eh bah en fait j’utilise plutôt le bon vieux tableau blanc Velléda. On a une super technologie, mais comme à part faire joli en affichant des textes qu’ils ont sur leurs bouquins, ça sert pas à grand-chose, eh bah je le fais à l’ancienne. D’un coup je comprends bien plus les profs du lycée : une belle technologie sans les éléments à utiliser avec, c’est absolument inutile. J’ai honte, hein. Du coup, bonjour les feutres Velléda, les élèves qui passent au tableau écrire avec au lieu de le faire avec des feutres numériques.

                J’ai aussi eu des moments marrants, enfin pour moi. Par exemple, avec mes élèves du vendredi, on a eu le thème « engager une baby-sitter ». Du coup, je leur ai dit  qu’on allait faire un dialogue. L’un de mes élèves a dit « C’est un thème féminin on va le laisser aux filles ». Bon, ça commençait pas comme je voulais. Du coup, je lui ai dit qu’on peut avoir des garçons baby-sitter chez nous, donc fallait bien qu’il participe. Mais comme je le sentais pas super motivé, je les ai placés, lui et l’autre garçon du groupe, en tant que pères qui cherchent une nounou, les trois filles cherchant une place. Voilà, à défaut d’être ouverts à l’idée de garder des enfants, être des pères qui cherchent quelqu’un de bien pour leurs gosses a marché.

                Là où ça a déconné, c’est quand l’un a choisi une nounou à la fin de l’entretien, et que j’ai demandé au deuxième d’en choisir une aussi. L’une des filles a dit « Bah oui, vous les avez pas en commun, vos enfants ». J’aurais dû me taire, mais évidemment, j’en suis pas capable, alors j’ai dit « Mais pourquoi pas ? Chez nous c’est tout à fait possible ». Impayable, le regard noir du gars. Oui, je sais, le thème des gays est à éviter, ici. Mais bon, réflexe.

                En bref, ces cours sont de super distractions de ceux de l’université, j’aime vraiment mes élèves et ils me le rendent bien, même si je leur impose une langue qui mériterait un profond remaniement, notamment orthographique (allez leur expliquer pourquoi eau, eaux, au, ot et o font le même son). J’y ai rencontré de super personnes, et je suis bien contente de travailler avec tout ce beau monde.

 

Sotchi               

                On va vite éclaircir un point : j’adore FAIRE du sport, mais REGARDER du sport, je trouve ça d’un ennui incroyable. A part le patinage artistique, et encore ça me soule vite. Du coup, je me suis posée devant l’ouverture de Sotchi en me disant que de toute manière que ces J.O soient en Russie ou pas ne me ferait pas grand-chose, et j’ai eu raison.

                L’ouverture était assez grandiose même sur notre minuscule télévision. On a vite fait entraperçu le bug du flocon américain, mais la télévision russe a rapidement switché pour les images de la répétition, donc chez nous il était ouvert à la fin.

                J’ai très peu suivi le déroulement des Jeux, je regardais le patinage artistique de temps en temps, mais sinon je dois dire que je m’en fichais. Mon amie Annia de l’Université était là-bas en tant que volontaire, je regardais surtout ses photos sur Vkontakte. Pareil, impossible de m’y intéresser quand la classe en parlait pendant les cours. Le seul truc qui me faisait rire, par contre, c’était tous les tweets des journalistes et athlètes étrangers découvrant leurs hôtels non finis, aux portes qui se bloquent et qu’on doit défoncer, l’eau imbuvable et qu’on déconseille d’appliquer sur le visage, l’eau de la douche froide, les doubles toilettes… Bref, pour des J.O aussi coûteux, c’est drôle de voir la qualité finale aussi basse.

                Je n’ai pas regardé la fermeture, j’ai juste su que la Russie avait gagné. Les Jeux Paralympiques vont pas tarder je crois, je suis juste attristée que la France (et d’autres) ait décidé de ne pas envoyer de délégation officielle. Quels que soient les événements dans le monde, les athlètes méritent le soutien de leur pays pour les Jeux Olympiques. S’ils ne voulaient pas envoyer de Ministres, envoyez des secrétaires ou même des femmes de ménage je me fiche de leur rang officiel, mais envoyez quelqu’un nous représenter auprès des athlètes, crotte.

 

Ukraine

                Bien entendu la cause de ce boycott des J.O, quand ce n’est pas les lois anti-gays pour les premiers, c’est le problème de l’Ukraine pour les deuxièmes, les Paralympiques. Alors, déjà, sachez que je suis loin de l’Ukraine, je ne risque rien à priori.

                Vu d’ici, je vois juste un beau foutoir. Les russes parlent en cours de la possibilité d’une guerre, s’ils ne sont pas ruinés d’ici là par les sanctions économiques et le plongeon du cours du rouble. De ce que j’ai vaguement compris, la majorité soutient le fait de défendre la frontière, même si je vois pas trop de quoi la défendre, puisque ce sont des pro-russes, à l’Est de l’Ukraine. Après, je dois avouer que j’essaie de ne pas trop écouter : je n’ai pas très envie de les entendre soutenir le fait d’envahir un pays indépendant.  J'ai vu une vidéo sur Vkontakte, datant du 28.02.2014 avec des chars russes, par dizaines, rouler sur l'autoroute, surement en direction de l'Ukraine, avec en fond une musique "Ca signifie que la guerre est proche". Flippant...

                Attention, ce n’est pas parce que je ne suis pas d’accord avec eux que je préfère les Américains et les Français : je les et nous trouve vachement mal placés pour faire la morale ! Les Américains sont quand même les rois de l’ingérence dans les affaires des autres pays, et notre histoire avec l’Algérie nous disqualifie de la position de donneurs de leçons.

                Le problème des minorités en Europe n’est pas nouveau, et je ne suis pas sûre qu’il y ait vraiment de solution stable. On a tenté des regroupements dans des pays trans-ethnies, on tente la partition en des états plus petits mais ethnocentriques, bref, je ne sais pas si il y à vraiment une solution parfaite.

                Que ce soit pour le Printemps Arabe, la Syrie ou l’Ukraine, mon avis est le même : d’abord il faut empêcher les gouvernements de trucider leur propre peuple dans toutes situations, et ensuite considérer la véritable ampleur des mouvements et organiser au besoin des élections justes. Si la majorité est effectivement pour le maintien du pouvoir en place, eh bah il sera réélu démocratiquement, sinon, c’est qu’il est temps de changer. Le défaut de cette théorie est qu’elle suppose des dirigeants prêts à coopérer, ce qui visiblement pose problème.

                On verra bien ce que tout ça va donner.

 

Déboires médicaux

                J’ai eu l’occasion d’élargir mon vocabulaire médical en russe ! Pour des soucis de santé, j’ai dû aller à la polyclinique adjacente à mon Village. Déjà, elle est fermée le week-end, ce qui m’étonne un peu. C’est une clinique pour les étudiants, ce qui fait que leurs prix sont vraiment très bas : je paie directement, et la Sécu et mon assurance me remboursent à postériori.

                J’ai vu différentes personnes. La première à qui je me suis adressée, un médecin généraliste,  ne m’a pas écoutée du tout, n’a presque pas posé de questions, et a fini par m’expulser de son bureau (fin de journée hého) avec une ordonnance dont je ne connaissais pas le contenu. Légèrement agacée, j’en ai parlé à Sonia, qui a fait vérifier l’ordonnance par une amie pharmacienne. Au final, les médicaments étaient comme je les imaginais : l’un, juste du magnésium, et comme je sortais d’une cure de vitamines avec magnésium, je suis sûre que le problème ne vient pas de là mais elle aurait pu le savoir en m’en parlant ; le deuxième était pour une maladie grave qui demande hospitalisation directe, dont la molécule est interdite en France pour cause d’effets secondaires grave type symptômes parkinsoniens et une perte du sens de l’équilibre pour des bienfaits limités. Oui, je tire ces informations d’internet, ou plus précisément des notices de ces médicaments que j’ai réussi à trouver. Quant à l’interdiction, elle est facilement trouvable quand on google le nom de la molécule.

                Autant vous dire que j’étais assez énervée, et que je n’ai pas acheté ces médicaments. Je suis plutôt retournée à la polyclinique voir une spécialiste. Cette fois, j’ai été accueillie avec humanité, j’ai eu à répondre à plein de questions pour préciser le problème, et la personne m’écoutait, et surtout m’expliquait ce qu’on faisait et ce qui pouvait clocher. Elle a lancé une batterie de tests pour pouvoir se faire une bonne idée de ce qui n’allait pas, au lieu de me donner des médicaments dangereux. Pour les tests, elle m’écrivait tout pour que je puisse comprendre, mais aussi m’aider dans cette usine médicale qu’est la polyclinique. Une fois les tests effectués, elle m’a expliqué son diagnostic, l’a écrit aussi, et m’a donné ses recommandations pour la suite. Rien à voir avec mon premier rendez-vous. C’est fou comme considérer la personne comme un humain en souffrance, et pas comme une idiote qui ne connait à rien à la médecine et ne peut comprendre, change absolument tout dans la relation docteur-patient.

                Ce comportement de « Je suis le médecin surpuissant j’ai pas à t’expliquer pauvre mortel » était général en France il y à quelques dizaines d’année, mais je ne pensais pas en trouver en 2014, Russie ou pas. Ça touche encore à l’infantilisation de l’individu : tu es trop faible, tu ne peux pas comprendre, moi je sais, je vais faire pour toi.  Comme quoi, on y revient toujours.

                Au final, j’ai un médicament à prendre pendant un mois, on verra bien si le diagnostic était bon ! Mais je vais bien, à part un rhume, mais ça, hein, je vais y survivre, je vous l’assure.

 

 
Interdit d'amener des bières hein... Vive ma tête de gentille fille !

Interdit d'amener des bières hein... Vive ma tête de gentille fille !

  

La Vie au Village

                Quand je suis revenue de France, Sonia était absente. Elle est rentrée une semaine plus tard, pour repartir encore quatre jours : autant dire que j’ai eu le temps de profiter de ma petite vie toute seule.

                Depuis, tout va bien. Les Chinois cuisinent toujours constamment, mais au moins ils nettoient plus depuis qu’ils ont reçu un avertissement. En effet on a eu une réunion d’étage un soir à 22h (oui horaire correct -_-) pour nous annoncer une inspection le lendemain, comme quoi tout devait être nickel. On a élu un nouveau représentant de l’étage, qui vérifie cuisines et chambres les lundis. Quand je suis partie de la réunion lancer le branle-bas de combat pour nettoyer, les Chinois ont été invités à rester  pour une réunion les concernant. Après quoi ils ont récuré la cuisine du sol au plafond, ce qui me fait penser qu’ils ont été menacés d’expulsion s’ils ne se mettent pas à garder les choses propres. Et ça marche ! La cuisine reste en ordre, ils nettoient régulièrement les plaques. Bon, le sol, c’est pas encore ça, mais pour ça ils devraient apprendre à viser quand ils mettent des choses dans la poubelle, et ça a l’air compliqué.

                Au final l’inspection a eu lieu bien plus tard, j’avais du repasser un coup dans la cuisine. De toute manière Sonia et moi ne risquions rien : si mon bordel prend parfois de la place, ce n’est jamais catastrophique et l’appart reste propre. En plus, la commandante sait très bien qu’on utilise la cuisine pratiquement uniquement pour faire chauffer de l’eau pour le thé. Oui, j’ai recommencé à peu manger, oui bah hein, c’est la loi quand on vit seule et qu’on mange déjà rien le midi.

                On a eu une réunion plus générale, qui a consisté à nous rappeler les règles de base de vie au Village, et j’en ai appris une nouvelle. Déjà qu’on ne pouvait pas boire ou amener de l’alcool (même de la bière, hahaha, c’est tellement cool d’avoir une bonne tête pour faire entrer des trucs ici) dans le Village, mais en plus, si on va boire à l’extérieur, on a interdiction de rentrer bourrés ou même pompettes. Ça part d’un bon sentiment, je pense que c’est pour éviter les disputes/destructions de meubles/coma éthyliques. Mais ça participe à me faire me sentir une ado ultra surveillée et présumée coupable. Donc, si je veux boire, c’est dehors, et je dors dehors. Su-per.

                J’aime aussi qu’ils insistent sur le fait que les chambres des filles sont plus sales, parce qu’elles laissent trainer des vêtements, selon eux. Hum, je suis sûre que les hommes le font bien plus, mais, vous comprenez, c’est des hommes, donc c’est normal, et accepté. Bon sur ce qui concerne l’hygiène je sais pas, nous on a pas de soucis de ce côté-là.

                En bref, après deux semaines dans des maisons plus proches d’un chez-moi, revenir dans cette mini prison a été difficile.

 

Journées de l’Homme et de la Femme

                Déjà, je ne savais pas que la Journée Internationale de l’Homme est le 19 novembre. Normal, personne ne la fête en France, ce qui est franchement dommage. En Russie, en revanche, la Journée de l’Homme, c’est le 23 février, apparemment c’est une question d’histoire militaire. Ce jour-là est normalement férié, mais comme c’était un dimanche cette année, je n’ai pas franchement remarqué une différence par rapport à d’habitude. A part, bien sûr, que les Chinoises de mon étage ont passé 3h à cuisiner des pelmeni (raviolis russes assez gras) pour tous les garçons de l’étage.

                Pour la Journée de la Femme, c’est-à-dire aujourd’hui, c’est bien le 8 mars comme partout ailleurs. C’est aussi un jour férié, donc je n’ai pas cours, yippee. Du coup, on me le souhaite pas mal, mais j’ai aussi reçu des « С праздником » (Bonne fête) hier, et on a mangé un gâteau à l’Alliance. Un de mes élèves (celui outré par mes allusions gays, d’ailleurs) m’a offert un beau bouquet de tulipes multicolore, l’Alliance des chocolats, et une de mes élèves une petite carte de vœux qui, comme vous pouvez le voir, contient l’inscription « Pour Clara, avec l’amour, Irina ». J’étais tellement touchée que je n’ai pas osé lui dire qu’on dit « avec amour ». Tant pis, hein, c’est bien trop chou comme ça, naturel. Apparemment, sur les autres, elle aurait écrit « Avec la fête du printemps », traduction mot à mot de « С праздником весны », bonne fête du printemps. Oui, je n’ai pas encore décodé comment fonctionne cette structure en russe, je n’ai  pas d’explication.

                

La Vie au Village

                Quand je suis revenue de France, Sonia était absente. Elle est rentrée une semaine plus tard, pour repartir encore quatre jours : autant dire que j’ai eu le temps de profiter de ma petite vie toute seule.

                Depuis, tout va bien. Les Chinois cuisinent toujours constamment, mais au moins ils nettoient plus depuis qu’ils ont reçu un avertissement. En effet on a eu une réunion d’étage un soir à 22h (oui horaire correct -_-) pour nous annoncer une inspection le lendemain, comme quoi tout devait être nickel. On a élu un nouveau représentant de l’étage, qui vérifie cuisines et chambres les lundis. Quand je suis partie de la réunion lancer le branle-bas de combat pour nettoyer, les Chinois ont été invités à rester  pour une réunion les concernant. Après quoi ils ont récuré la cuisine du sol au plafond, ce qui me fait penser qu’ils ont été menacés d’expulsion s’ils ne se mettent pas à garder les choses propres. Et ça marche ! La cuisine reste en ordre, ils nettoient régulièrement les plaques. Bon, le sol, c’est pas encore ça, mais pour ça ils devraient apprendre à viser quand ils mettent des choses dans la poubelle, et ça a l’air compliqué.

                Au final l’inspection a eu lieu bien plus tard, j’avais du repasser un coup dans la cuisine. De toute manière Sonia et moi ne risquions rien : si mon bordel prend parfois de la place, ce n’est jamais catastrophique et l’appart reste propre. En plus, la commandante sait très bien qu’on utilise la cuisine pratiquement uniquement pour faire chauffer de l’eau pour le thé. Oui, j’ai recommencé à peu manger, oui bah hein, c’est la loi quand on vit seule et qu’on mange déjà rien le midi.

                On a eu une réunion plus générale, qui a consisté à nous rappeler les règles de base de vie au Village, et j’en ai appris une nouvelle. Déjà qu’on ne pouvait pas boire ou amener de l’alcool (même de la bière, hahaha, c’est tellement cool d’avoir une bonne tête pour faire entrer des trucs ici) dans le Village, mais en plus, si on va boire à l’extérieur, on a interdiction de rentrer bourrés ou même pompettes. Ça part d’un bon sentiment, je pense que c’est pour éviter les disputes/destructions de meubles/coma éthyliques. Mais ça participe à me faire me sentir une ado ultra surveillée et présumée coupable. Donc, si je veux boire, c’est dehors, et je dors dehors. Su-per.

                J’aime aussi qu’ils insistent sur le fait que les chambres des filles sont plus sales, parce qu’elles laissent trainer des vêtements, selon eux. Hum, je suis sûre que les hommes le font bien plus, mais, vous comprenez, c’est des hommes, donc c’est normal, et accepté. Bon sur ce qui concerne l’hygiène je sais pas, nous on a pas de soucis de ce côté-là.

                En bref, après deux semaines dans des maisons plus proches d’un chez-moi, revenir dans cette mini prison a été difficile.

 

Journées de l’Homme et de la Femme

                Déjà, je ne savais pas que la Journée Internationale de l’Homme est le 19 novembre. Normal, personne ne la fête en France, ce qui est franchement dommage. En Russie, en revanche, la Journée de l’Homme, c’est le 23 février, apparemment c’est une question d’histoire militaire. Ce jour-là est normalement férié, mais comme c’était un dimanche cette année, je n’ai pas franchement remarqué une différence par rapport à d’habitude. A part, bien sûr, que les Chinoises de mon étage ont passé 3h à cuisiner des pelmeni (raviolis russes assez gras) pour tous les garçons de l’étage.

                Pour la Journée de la Femme, c’est-à-dire aujourd’hui, c’est bien le 8 mars comme partout ailleurs. C’est aussi un jour férié, donc je n’ai pas cours, yippee. Du coup, on me le souhaite pas mal, mais j’ai aussi reçu des « С праздником » (Bonne fête) hier, et on a mangé un gâteau à l’Alliance. Un de mes élèves (celui outré par mes allusions gays, d’ailleurs) m’a offert un beau bouquet de tulipes multicolore, l’Alliance des chocolats, et une de mes élèves une petite carte de vœux qui, comme vous pouvez le voir, contient l’inscription « Pour Clara, avec l’amour, Irina ». J’étais tellement touchée que je n’ai pas osé lui dire qu’on dit « avec amour ». Tant pis, hein, c’est bien trop chou comme ça, naturel. Apparemment, sur les autres, elle aurait écrit « Avec la fête du printemps », traduction mot à mot de « С праздником весны », bonne fête du printemps. Oui, je n’ai pas encore décodé comment fonctionne cette structure en russe, je n’ai  pas d’explication.

                

Toujours vivante !Toujours vivante !
Toujours vivante !

Dans mon bâtiment, ça se traduit par la chanson « You’re beautiful » passée dans les haut-parleurs, et une invitation au 1er étage à 18h. Je vais y aller, on verra bien.

                Personnellement j’avais décidé d’arrêter de fêter ce jour en tant que « Fête de la femme, de la féminité, des fleurs ». Je suis à l’aise (il a fallu du temps) avec mon corps et ma féminité, après toute une enfance à vouloir être un garçon j’ai accepté qui je suis, et je ne considère pas la femme comme « la plus belle chose au monde », je pense que nous sommes tous, hommes, femmes, trans, autres, beaux, du moment qu’on est bien dans sa peau. Par contre, je pense qu’il est super important de célébrer la Journée de la Femme en tant  que Journée de visibilité des violences faites aux femmes, de l’inégalité profonde entre hommes et femmes dans le monde,  bref, une journée mémoire dédiée à montrer à ceux qui ne savent pas, ou à ceux qui savent et ferment les yeux ou pire, considère que c’est normal.

                Fin je vous dis ça, mais j’adore mes tulipes, j’adore recevoir des fleurs en général (genre je vais en parler pendant une semaine), et je ne vais pas manquer une occasion d’en recevoir, quelle qu’en soit la raison. Du coup, concernant mes magnifiques tulipes, j’essaie de me dire que c’est plutôt une célébration de ce qui fait que je suis Clara, que je suis moi et pas quelqu’un d’autre, et non pas une célébration de ce que je n’ai pas entre les jambes. Etre une femme fait partie de ce que je suis, mais je préfère quand même me célébrer en tant que personne aujourd’hui plutôt qu’en tant que femme.

                Et une pensée pleine d’amour à toutes les femmes victimes dans le monde, que ce soit de viol, lapidation, mariage forcé, ou même de remarques sexistes, de harcèlement, et de tout ce que vous pouvez subir de la part des hommes persuadés de nous être supérieurs. Je vous promets qu’ils ne sont pas tous comme ça.

 

Les conférences à venir

                Tout à fait un autre sujet, je suis invitée à participer à deux conférences fin mars. Une pour les professeurs, où je vais tenir deux fois le même atelier. En gros, pendant une heure, je vais parler de la culture française devant les profs du supérieur, puis du secondaire. Valentina m’a expressément demandé de le faire, alors bon, pourquoi pas ? Il faut juste que je me mette à l’écriture, et que ça tienne une heure à l’oral. Ça ne m’amuse pas trop de le faire deux fois, mais bon, elle m’a achetée avec un pirog (disons une tourte) à la viande mélangée à du riz. Et avec des chocolats. Je suis faible.

                La deuxième correspond au deuxième gros travail écrit que je vais rendre cette année et qui est indispensable pour l’obtention de mon diplôme. Le sujet ? Un truc à propos des questions rhétoriques dans la langue française. 50 pages à faire là-dessus, je vais bien ramer, je sens. Et je fois produire un article dessus en dix jours et, si j’ai bien compris, le présenter dans une conférence.

                Sonia a sa part de conférence en avril, elle va me laisser seule une bonne partie du temps. Même si je l’apprécie beaucoup et qu’on discute énormément, je vais apprécier de retrouver de l’intimité.

 

Divers et Futur

                Pour finir, comme d’habitude, les nouvelles diverses et variées !

-J’ai dû fournir un article pour un recueil, encore un, et j’en aurai peut-être un autre à faire avant fin avril. C’est une institution ici, les recueils de travaux scientifiques !

-Les galubtsy. Boulettes de viande entourées d’une feuille de chou cuisinées dans une sauce. C’est incroyablement bon !!! Aliona m’en a donné, avec des pelmenis. Je préfère les galubtsy, c’est une vraie révélation culinaire !

-Notre pomme de douche étant décédée, on nous l’a remplacée, mais maintenant j’ai l’impression de me laver au karsher avec toute cette pression. Je doute quand même de la qualité des gens qui s’occupent de l’entretien de ce bâtiment.

-J’ai envie d’aller patiner, surtout avant que tout ne fonde !

-Il fait entre -5 et -10 depuis deux semaines, après une journée à -22. On a très régulièrement du soleil, et la neige fond par endroit. J’attends le vrai retour du printemps pour aller me faire mes annuelles balades solitaires.

-Je donne de petits cours de français à une dame âgée qui est gardienne du bâtiment 5. C’est gratuit, donc j’avoue ne pas trop m’investir, mais au moins elle entend du français.

-Après des semaines de cours dictés, on va passer à des cours de pratique, je vais avoir pas mal de boulot. Mais bon, il y en a peu, et puis, faut bien que je bosse, des fois.

 

                

Oui, j'ai les cheveux rouges depuis la France, et non, je ne sais pas pourquoi le bâtiment gondole derrière.

Oui, j'ai les cheveux rouges depuis la France, et non, je ne sais pas pourquoi le bâtiment gondole derrière.

CA Y EST c’est la fin de cet article interminable ! Eh oui, deux mois à rattraper, c’est long ! Portez-vous bien et à la prochaine !