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Viallou's Adventures in Russia
Viallou's Adventures in Russia
WINTER IS COMING

WINTER IS COMING

WINTER IS COMING

Ça y est, les premières neiges sont tombées ! Aujourd'hui nous sommes le 28 Novembre 2013, mais les tout premiers flocons datent du 26 :D

Let it snow

Comme en France, dès que la neige pointe son nez, tout le monde est au courant; je ne parle pas de regarder par la fenêtre, mais plutôt sur internet, sur Vkontatke : eh oui c'est pas parce qu'ils en ont chaque année (pas comme nous) que la neige n'est pas un événement exceptionnel !

Il était environ 21h quand ça a commencé à tomber, et très vite le sol est devenu bien blanc ! Disons qu'en une heure il est tombé ce qui tombe chez nous en un mois, c'est assez impressionnant. Bon, en même temps, je m'en doutais un peu, c'est la Russie après tout. Mais tout de même ! J'ai donc sorti la doudoune flambant neuve (rembourrée à la laine s'il vous plait), la chapka, puis Antoine, Sonia et moi sommes sortis faire les petits fous dans la neige, comme environ 200 à 300 personnes, et ce uniquement dans notre partie du Village. Les gens criaient, faisaient des bonhommes de neige, des batailles de boules de neige (j'ai enregistré une vidéo mémorable où une soixantaine de personnes, scindée en deux équipes, se balancent mutuellement des boules de neiges au son de "RAS, DVA, TRI", ce qui est bien plus joli écrit en cyrillique d'ailleurs).

Nous nous sommes baladés, avons bien entendu fait les anges dans la neige, toujours dans cette atmosphère de joie pure et enfantine : un vrai moment de bonheur !

Bien entendu j'ai tenu à immortaliser le moment !
Bien entendu j'ai tenu à immortaliser le moment !Bien entendu j'ai tenu à immortaliser le moment !
Bien entendu j'ai tenu à immortaliser le moment !Bien entendu j'ai tenu à immortaliser le moment !Bien entendu j'ai tenu à immortaliser le moment !

Bien entendu j'ai tenu à immortaliser le moment !

Malheureusement cet instant a un peu été gâché par la suite, lorsque j'ai appris qu'un aspirant doctorant était décédé juste après l'euphorie, on ne sait pas trop de quoi...

La gare de Kazan de nuit avec mon téléphone

La gare de Kazan de nuit avec mon téléphone

Clara in Wonderland

Au départ

Je n'ai plus de cours depuis une semaine, puisque je dois réaliser un stage pratique pédagogique. Oui, bien sûr, je sais, je ne veux toujours pas devenir prof. Or, il se trouve que certains élèves ayant déjà effectué un travail considéré comme équivalent, on leur avait proposé de rester à l'Université pour travailler au Département des Langues Romanes, notre département. Lesdites personnes souhaitant tout de même aller enseigner à l'école/collège/lycée, on m'a proposé d'échanger et de moi rester, ce que j'ai accepté. Non pas pour le fait que du coup je n'aie pas de travail psychologique à rendre contrairement aux autres (mais faut avouer que c'est cool niark niark), mais parce que je vais enseigner à des élèves de Première voire de Deuxième année de licence, ce qui m'intéresse déjà plus.

Dans le terrier du lapin russe

Lundi

Lundi, toute pimpante, pas très réveillée mais motivée, je me suis donc présentée au bureau de Valentina Nikolaevna, pensant récupérer un emploi du temps de cours. Que neni, pensez-vous, Valentina Nikolaevna, me donner à un professeur quand elle peut m'avoir sous la main tous les jours ? Bah !

Au final, j'ai passé trois heures à l'aider avec un dossier sur lequel elle m'avait demandé de travailler en amont: la liste SCOPUS. C'est un réseau pédagogique qui réunit toutes les publications scientifiques et journaux du monde, en principe. Le Département avait reçu une liste de revues de la part de la bibliothèque, et mon premier travail avait été de trouver à quoi correspondait chaque revue, comment contacter la rédaction, s'il était possible de publier en français... etc. Tout ça pour permettre au Département de publier ses articles. Ça peut ne pas avoir l'air, mais c'est en fait très important: bien que chez nous personne ne l'utilise vraiment, ici le réseau SCOPUS a une renommée énorme dans le domaine de la recherche, et le Département est sous pression, on oblige chacun des départements à publier dans SCOPUS, et c'est la course à celui qui en publiera le plus.

Lundi nous avons donc envoyé des e-mails à différentes revues, en leur proposant des articles correspondant à leurs thèmes de publication. Jusqu'ici la seule réponse reçue a été négative.

Mais ce qui m'a le plus plu dans cette journée, c'est quand on m'a proposé de prendre le thé. Naïvement, je pensais que nous irions, Valentina Nikolaevna, une de mes profs et moi, à la Cafétéria, où je serais entrée comme une reine. Mais en fait, c'était encore plus fou : et voilà qu'Albina Kamilievna, la professeure, sort de nulle part une nappe jaune vif, deux tasses roses (la troisième émergeant d'un tiroir du bureau) et installe le tout sur le bureau même. Elle est ensuite partie acheter des pâtisseries, et nous voilà toutes les trois partageant un thé sur un bureau, en mangeant un butterbröt. C'est censé être un pain au beurre, mais en fait c'est du beurre au pain avec un schouillla de fromage. Autant vous dire qu'après un morceau j'avais ma dose. Mais Valentina Nikolaevna ne l'entendait pas de cette oreille, et elle a essayé par toutes les manières possibles de me faire manger plus, en disant qu'elle comprenait que je gardais la ligne, mais que j'étais déjà bien mince. J'avais juste peur de lui dire que mon cholestérol ne s'en remettrait jamais.

Et ce n'est pas tout; vous vous souvenez de quand j'ai parlé d'un prof d'espagnol à la Conférence sur les Langues Romanes ? Mais si:

...à un professeur d'espagnol switchant de langue plus vite que Lucky Luke ne dégaine. Il glissait du français dans son russe avant de passer en plein milieu d'une phrase à l'espagnol. Ce que je voudrais savoir faire ça !...

Viallou's Adventures in Russia

Eh bien il a débarqué, expliquant qu'il avait une question très simple à poser: ce à quoi Valentina Nikolaevna lui a répondu qu'il n'avait qu'à prendre le thé avec nous, ce qu'il s'est empressé de refuser, arguant qu'il n'avait pas le temps. Enfin, ce n'est pas comme s'il avait vraiment eu le choix : le temps de dire "non", il était déjà assis devant une tasse style porcelaine chinoise, son thé infusait et il avait un morceau de butterbröt dans la main.

Nous parlions en russe et en français, switchant souvent de l'un à l'autre sans aucune logique. Ce que j'ai beaucoup apprécié, c'est que je n'étais pas du tout mise en dehors de la conversation sous prétexte que je suis une étudiante et eux des professeurs; au contraire, par exemple, lorsque le professeur d'espagnol a mentionné une histoire que les deux autres connaissaient déjà, il a pris la peine de me la re-raconter. En plus c'est très drôle.

Ici, la tradition est d'enlever ses chaussures lorsqu'on rentre chez quelqu'un: un peu comme chez nous, sauf que ça dépend chez qui on va, la politesse étant de proposer de les enlever, et l'hôte décide. En Russie, c'est automatique. En Espagne, visiblement, on garde tout le temps ses chaussures: ce qui explique pourquoi, lorsque notre phénomène a retiré ses chaussures par automatisme chez un de ses amis, ledit ami l'a un tout petit peu regardé comme s'il avait un problème. Du coup, le prof les a remis; mais il ne se sentait pas bien, pas respectueux, et a donc demandé à les enlever. En bon Espagnol, son ami lui a répondu qu'il s'en foutait royalement.

De même, quand ses parents viennent le voir en Espagne, le prof d'espagnol leur demande de retirer leurs chaussures en entrant, ce à quoi ils répondent qu'ils ne sont là que pour 5min, mais lui s'en fiche et insiste !

En bref, j'étais là, assise devant un bureau décoré d'une nappe avec une tasse rose, à parler russe et français à la fois avec trois professeurs, et comme l'a souligné Valentina Nikolaevna, nous étions une Française, un Espagnol, une Tatare et une Russe. J'entendais presque la suite de la blague "...sont dans un avion...".

C'était complètement surréaliste ! Je ne savais pas où me mettre et en même temps c'était génial et très intéressant ! Surtout que pour conclure, Valentina Nikolaevna nous a dit "Ce qui a été dit ici..." et le professeur d'espagnol "Quoi ? On a parlé de quoi déjà ? On a parlé nous ?". Vive la loi du silence... C'est pourquoi je ne raconterai pas autre chose de nos discussions ;)

Après trois heures de travail pépère et thé farfelus, Valentina Nikolaevna m'a gentiment libérée; c'est à ce moment là que j'ai timidement demandé quand est-ce que je devais donner les cours. Elle m'a dit que la professeure serait là le lendemain.

Mardi

Arrivée à 11h, j'ai attendu Valentina Nikolaevna jusqu'à 12h30, puis nous avons travaillé à SCOPUS une nouvelle fois. Elle a également reçu un e-mail d'admission en anglais, pour lequel je peux aider. Encore une fois libérée à 14h, j'ai été très productive : j'ai bien avancé dans mes séries TV. Bien entendu. Enfin jusqu'à ce qu'il neige !

Mercredi

Jour de repos, j'ai dormi jusqu'à 14h; je crois que mon rythme de sommeil est vraiment dégueulasse. Je me suis quand même motivée pour commencer mon mémoire, qui a pour titre La Langue et la Culture de la France hors de ses frontières :La politique du gouvernement. La classe huh. Je l'écris en français, non pas que je ne puisse pas en russe, mais je pense que la qualité en sera meilleure, largement même. J'ai réécrit le plan que m'avait donné Valentina Nikolaevna pour l'équilibrer, puis j'ai bien avancé ma première partie. J'ai jusqu'à lundi pour le faire tenir sur 5 pages pour qu'il soit publié, puis jusqu'en janvier pour l'étoffer jusqu'à 30 pages.

Jeudi, Aujourd'hui

Arrivée à 11h, j'ai commencé à travailler à midi, hein, encore. J'ai juste fait des sudokus et regretté de pas avoir amené de grilles ailleurs que sur mon téléphone. Ensemble nous avons répondu en anglais à la demande d'admission, puis j'ai relu son nouvel article sur les onomatopées françaises. Il n'y à jamais de fautes, le problème n'est pas là; c'est que n'importe quel français peut se rendre compte que ça a été écrit par un étranger, les formulations sont juste inhabituelles : "comme ce que nous avons déjà écrit", "pièces théâtrales", "l'auteur veut faire sentir aux lecteurs" plutôt que le singulier général, ce genre de choses. Du coup, je gomme un peu les aspects russophones de son article, ce qui me pince un peu le cœur parce que j'aime bien leurs formulations étranges en français. Je dois en fournir pas mal en russe aussi, et je pense que c'est ce qui fait le charme des rencontres internationales : on parle la même langue mais pas avec le même mode de pensée. C'est comme lorsque les filles me disent "Je m'ennuie de toi", comme je l'ai déjà entendu, pour me dire que je leur manque : c'est correct, le sens est bon, mais on ne l'utilise pas comme ça, voire pour certaines formulations on ne l'utilise pas du tout.

A propos de linguistique

Lors d'un cours, Aliona a dit "Si j'aurais". Je lui ai expliqué que c'était affreux, parce que chez nous ce sont les gens peu éduqués qui le disent, que ce n'est pas correct; en russe pourtant c'est le terme correcte, et en anglais aussi. Techniquement parlant, c'est plus logique que "si j'avais". Allez savoir pourquoi pour nous c'est illogique et chez eux ça marche très bien.

Nous profitons avec Antoine des moments où nous parlons tous ensemble en français pour les corriger sur des erreurs ou habitudes qui pourraient causer des malentendus, notamment en insistant sur la différence entre "baisser" et "baiser", ou encore : savez-vous qu'ici, pour appeler quelqu'un, on utilise pas les équivalent de "Monsieur Madame", mais plutôt à l'ancienne, genre garçon de café ? Si si le fameux "Garçon !" sauf que là ça se décline avec jeune femme ou femme aussi. Ça peut s'utiliser pour alpaguer n'importe qui dans la rue qui par exemple aurait perdu quelque chose, pour le lui rendre, mais aussi dans les bars et restaurants, ce qui me traumatise un peu. Je ne suis pas sûre d'arriver à le faire, à appeler quelqu'un comme ça. Du coup, on leur a expliqué que chez nous ça s'est fait, mais c'est plutôt considéré comme malpoli de nos jours: on préfère un signe de la main ou un "excusez-moi". Ce que j'utilise en russe, histoire de pas faire remarquer encore plus que je suis étrangère -_-".

En russe, il n'y à pas de déterminant. Garçon peut vouloir signifier UN garçon comme LE garçon. Il y a heureusement une différence avec CE garçon, tout de même. Mais du coup, autant pour nous c'est facile de ne pas les utiliser, autant pour eux c'est compliqué de savoir quand utiliser LE et quand utiliser UN. Un exemple, dans un récit nous avions un jeune gamin avec son oncle. Souvent les filles utilisaient un garçon, alors qu'il avait déjà été explicité, un peu à la mode anglaise du "a man could use a drink", qui ne fonctionne pas du tout en français.

Elles ont aussi du mal avec les "à, en, au", mais très sincèrement je galère avec leurs équivalents russes aussi.

Là où en revanche j'ai des problèmes, c'est pour le genre. En anglais, tout objet est neutre, ça aide énormément. En russe, comme en allemand, c'est le bordel, il y à du neutre, du féminin et du masculin partout. Je suppose qu'il y à une logique mais je ne la connais pas ou peu (les termes abstraits sont souvent féminins par exemple). Et bien sûr même quand c'est féminin ou masculin ça ne correspond pas toujours aux nôtres. Par exemple, la neige est masculin chez eux, l'armoire aussi. D'un côté je me dis qu'eux aussi ça doit les perturber, vive les langues !

Franchement, je les plains. Le russe est compliqué, mais au moins il est LOGIQUE, alors que notre langue est franchement vicieuse, même pour nous : qui peut JURER ne jamais faire de fautes ?

Mais ces petites différences ou difficultés me passionnent, j'adore comparer le fonctionnement des langues; je ne pense pas en faire mon métier parce que la recherche ne m'intéresse que moyennement, mais c'est super de voir ça au quotidien et d'essayer de comprendre d'où ça vient.

Par contre, je dois trop parler russe: on m'a fait la remarque que je parle des fois de manière inhabituelle en français, parce que les termes russes me viennent spontanément, vu que je les utilise au quotidien. Je n'ai pas ce problème avec Antoine: on parle un mélange de français et russe, notamment les mots qui reviennent souvent comme le Village Universitaire, "simplement", l'équivalent russe du bouche-trou vocal "Nou", et d'autres.

Sinon, ils ont comme nous de plus en plus d'emprunts anglais (croyez moi Happy Meal écrit en cyrillique ça vaut le détour), j'en ai même découvert un nouveau, le клифхангер, c'est à dire le Cliffhanger prononcé à la russe. Si ça c'est pas la classe.

Ils ont aussi un équivalent du Let's anglais, intraduisible en tant que tel en français. En russe, ils ont la variante du tutoiement et celle du vouvoiement, et c'est extrêmement utilisé. Disons que ça ressemble à Davaï pour tu et Davaïtié pour vous. Par exemple, pour dire à un professeur qu'on veut bien passer à l'oral, on dit Davaïtié Ia, qui peut se traduire par "Je me lance", ou juste "Moi". Et purée en alphabet latin c'est vraiment moche.

WINTER IS COMING

D'autres détails sur la vie en Russie

Ici, la big fête de l'année, ce n'est pas Noël comme chez nous en Europe (oui j'ai vérifié pour les Polonais), mais le Nouvel An. Donc sur toutes les décorations, boîtes de thés (j'ai pas vu de chocolaaaaaaaaats), et autres cadeaux, c'est écrit Bonne Année. C'est le moment de se réunir en famille, et d'échanger des cadeaux avec un bon repas, alors que Noël peut se fêter entre amis. Tout le contraire de nous. Mais je vous rappelle que nous Noël est avant, le 24 décembre, quand pour eux c'est début janvier. Donc techniquement, pour nos deux cultures, la première grosse fête est la plus importante, la deuxième moins.

Je pense que nous allons fêter un Noël européen le 24 ici au Village, Sonia et moi rejoindrons Antoine, les Italiens, les Allemands, les Anglais et la Suisse au 3e étage, et je pense que ça va être un super moment. Pas question de ne rien faire le 24, non mais !

Ensuite, il y aura mon anniversaire le 27, pour lequel je compte cuisiner mon propre gâteau, parce qu'ici leurs gâteaux sont pratiquement tous entièrement composés de crème chantilly et (je sais que vous me lisez les filles, désolée de pas l'avoir dit avant) je DÉTESTE CA. J'en ai mangé quand même, je suis une fille polie, et je voulais partager avec eux leurs anniversaires, mais pas question qu'on mange ça pour le mien !

Je ne sais pas encore comment s'organiseront les vacances du Nouvel An, même si j'espère le passer avec les filles, pareil pour leur Noël :D

Je ne sais pas si je vous en ai déjà parlé, mais ici, il y à des vestiaires absolument PARTOUT, mais PARTOUT ! A la piscine, dans les salles de concert, les musées, et même l'université ! C'est même devenu mon premier réflexe en arrivant à la fac, déposer mon manteau au vestiaire. Le must ? C'est qu'ils sont tous gratuits ! Je pense que c'est culturel, l'envie d'éviter de se trimbaler avec sa doudoune trempée partout. Ce qui est drôle, c'est que ça s'appelle une Garde-robe en russe, littéralement. Prononcez le avec un accent russe et tout le monde saura de quoi vous parlez. Truc de dingue.

C'est tout pour aujourd'hui mes petits choux, à bientôt !